EDF sous Très Haute Tension: Risque de coupure d’électricité en février et perte d'un réacteur.

Ce vendredi 20 novembre 2020, j’ai lu avec intérêt cet article des Echos, dont voici le résumé:

Si le risque de turbulences sur le réseau électrique, voire de coupures ciblées liées aux conséquences de la crise sanitaire, semble désormais écarté en France au mois de décembre, la situation reste sous haute surveillance pour la sortie de l’hiver.

En cause, les reports d’arrêt pour maintenance de certaines centrales nucléaires qui devait être faite en 2020 et qui sera réalisée en 2021 », indique Jean-Paul Roubin, directeur de l’exploitation de Réseau de Transport d'Electricité en France "RTE".

Autres facteurs d’incertitude pour février :la météo et le niveau de consommation d’électricité. Concrètement, une vague de froid avec des températures inférieures de 2 à 7 degrés aux normales saisonnières au mois de février, ou « une vague de froid couplée à un manque de vents », mettrait le «réseau électrique en difficulté », précise Jean-Paul Roubin.


Ces quelques lignes font écho aux critiques adressées aux énergies renouvelables , leur intermittence liée aux conditions climatiques.

Soulignons à nouveau que RTE qui a la responsabilité de la distribution d’électricité (et non de la production) partage ce même constat de notre dépendance aux aléas climatiques, malgré un puissant réseau constitué de x réacteurs nucléaires.

En été, par manque d'eau dans les rivières, EDF doit arrêter certains réacteurs.

En février l’indisponibilité des centrales n'est pas du fait d’une rigueur climatique, mais provient de la surconsommation induite par une éventuelle rigueur climatique, qui trouve sa principale origine dans … l’électrification à tout va du chauffage de nos logements résultat du mirage du nucléaire des années 70... En conséquence:

  • le risque de coupure trouve malgré tout son origine dans la contrainte climatique!!!

  • nous ne savons pas traiter ce risque en faisant appel à l’énergie nucléaire! Bien au contraire, c’est à cause du nucléaire que ce risque préexiste!.


Analysons tout ça:

  • Origine de la surconsommation:

Cette puissance apparente du nucléaire, énergie abondante, pas chère et propre décrite comme telle dans le dernier quart du XXeme siècle, a été véhiculée à grand renfort de publicité avec le soutien de l’état et la fierté voire une pointe d’arrogance d’EDF.

C’est ainsi que le “tout électrique” s’est largement répandu en France, alors qu’il est méconnu en Allemagne.


  • Pourquoi le nucléaire ne peut répondre au pic de demande d’électricité?

Le parc nucléaire français est sous deux contraintes fortes :

la contrainte technique:

  • la maintenance des centrales dont la planification a été mise à mal par le covid; maintenance qui demande de 2 mois à 2 ans comme la loi le prévoit, voir peut être plus* comme à Flammenville réacteur n°2)

Notons que demain d’autres facteurs pourraient aussi en être la cause, tels une grève, des indisponibilités diverses, malveillance,....

  • des incidents techniques amenant un arrêt brutal d’un réacteur

  • le grain de sable sur la logistique du circuit du combustible, depuis son approvisionnement jusqu’à sa remise en lieu sûr avec le statut de déchet. Imaginons par exemple un incident majeur à la Hague (technique, climatique, terroriste, …) mettant hors d’état de fonctionnement notre filière de retraitement du combustible,

  • et tout simplement, il n’y a plus de surcapacité suffisante de moyens de production d’électricité en France permettant de passer ces pointes (vieillissement des installations entraînant un moindre facteur de disponibilités, fermeture des centrales thermiques et Fessenheim, retard à l’allumage(c’est un euphémisme) de l’EPR, …).

Et il est évident que ce ne sont pas les énergies renouvelables qui aideront à passer les pointes.

Elles ne sont pas là pour cela, encore qu’avec le stockage batterie rendu de plus en plus pertinent avec le solaire, et l’hydrogène vert, les prochaines années nous permettrons de regarder les choses très différemment.



la contrainte financière:

  • Initialement les centrales nucléaires devaient fonctionner en base, c’est à dire à pleine puissance le plus longtemps possible, (ceci est vrai pour de nombreuses installations techniques).

Sauf que concernant le nucléaire, ce mode de fonctionnement s’impose pour tenir un modèle économique viable et une électricité “pas chère”.

  • Aujourd’hui les coûts de construction des réacteurs nucléaires ne permettent plus la viabilité économique quand bien même elles fonctionneraient en base, sauf à ce que l’état intervienne fortement (choix politique et financier aujourd’hui impossible en France) ou que l’on fasse des impasses sur la sécurité par exemple

  • Enfin, le niveau d'endettement d’EDF malgré l’implication forte de l’Etat à son capital, ne permet plus de conduire de façon sereine des programmes d’investissement dans la maintenance et le démantèlement des installations nucléaires.

Cette affirmation est juste confortée par les nombreux rapports de la Cour des Comptes à propos des finances d’EDF.


Dans ce contexte, il est donc impossible de disposer de surcapacité de production permettant de faire face aux pointes de consommation.

Humblement nous devons admettre tout cela et pragmatiquement faire ce que préconise RTE et je reprends l’article des echos:

Plusieurs leviers permettraient d’y faire face et ainsi éviter des black-out incontrôlés. Tout d’abord, le dispositif d’alerte des citoyens Ecowatt, destiné à favoriser les écogestes, a été déployé sur l’ensemble du territoire. D’autres outils comme l’interruption de la consommation d’entreprises volontaires, la baisse de tension sur le réseau et in fine le recours à des « coupures très courtes » pourraient aussi être utilisés, a confirmé jeudi la ministre Barbara Pompili sur BFMTV.

J’ajouterai l’interconnexion européenne basée sur des moyens de production classiques mais aussi sur les capacités éoliennes. Malgré ce qu’en pense certains ... ce n’est pas parce qu'il n’y a pas de vent en France qu’il n’y a pas de soleil ou de vent dans d’autres régions d’Europe et demain sur l’océan atlantique ou les mers du Nord.


Mais nous devons et pouvons faire plus encore. Toutes les actions, initiatives "institutionnelles", ne doivent pas nous faire oublier que nous avons entre les mains certains de ces leviers, et qu’il ne dépend que de nous de les activer!!!.

Dois je attendre une loi pour me décider d’installer sur mon toit un générateur solaire, ou mettre en place des équipements performants. Dois je attendre le fameux 1€ pour engager telle action quand par ailleurs j’ai les moyens de m’acheter une voiture à 30 000€ ou bien plus? Dois je me sentir impuissant moi qui vit au smic, alors qu’acheter une ampoule basse consommation à 3€, éteindre la lumière qui est inutile, … ne résulte que de ma décision?


Sans ces prises de conscience, l’action technique, l’action institutionnelle ne suffira pas.


A chacun de faire sa propre transition énergétique, et au delà, sa transition vers un monde qui ne parlera plus de PIB mais de BNB (Bonheur National Brut) comme essaie de l’instituer un petit pays (non extra terrestre) mais bien de notre planète Terre qui s’appelle le Bouthan.


* Les Echos du 18 novembre 2020: Selon nos informations, EDF ​a déposé ces derniers jours une demande de dérogation auprès du ministère de la Transition écologique afin d'être en mesure de prolonger l'arrêt de son réacteur numéro deux, à Flamanville, au-delà du 10 janvier 2021, soit au-delà de deux ans d'arrêt. Autrement dit, EDF demande à l'Etat de déroger à la loi de transition énergétique qui prévoit, depuis 2015, que « si une installation nucléaire de base cesse de fonctionner pendant une durée continue supérieure à deux ans, son arrêt est réputé définitif ».

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